Mais qui sont ces parents qui tiennent tant au congé parental de 3 ans ?

Avant même que ne soit voté le texte final sur l’égalité professionnelle qui inclut une réforme du congé parental, plus de 25.000 parents se sont mobilisés sur le net...

Avant même que ne soit voté le texte final sur l’égalité professionnelle qui inclut une réforme du congé parental, plus de 25.000 parents se sont mobilisés sur le net pour dire leur inquiétude
face au risque de raccourcissement du congé parental de 3 ans. 

Le Mouvement Mondial des Mères – France, qui défend depuis de longues années le libre choix de mode de garde pour les parents, a voulu comprendre les motivations de ces familles et a sollicité leurs témoignages concrets. Des centaines de courriers et de mails leur sont
parvenus, très touchants, parfois même bouleversants. En voici la synthèse émaillée d’exemples précis. 

Un désir personnel avant tout
La grande majorité des courriers
reçus explique comment le parent a choisi – bien souvent en concertation
parfaite avec son conjoint – de prendre du temps pour être avec ses
enfants :

« Tout le monde n’est pas fait pour rester 24 h sur 24 à la maison avec
ses enfants. J’ai des amies qui sont très heureuses de retourner au travail à
la fin de leur congé maternité. Moi, mon bonheur, c’est d’être avec mes
enfants. »  (Marjorie, 3 enfants)

« Ma femme était au chômage à la naissance de notre fille aînée.
C’est donc elle qui l’a gardée pendant un an. Bien sûr elle aimait beaucoup
notre fille mais elle devenait « chèvre » à rester ainsi au foyer. A
la naissance de notre fils, c’est moi qui ai pris un congé parental et je suis
très heureux à la maison avec les enfants. » (Frédéric, 2 enfants)

« Mon fils aîné était gardé en crèche et c’est son papa qui le récupérait
le soir car je finis tard. J’étais de plus en plus frustrée 5 soirs par semaine
de ne pouvoir qu’embrasser mon fils déjà endormi. Pour mon deuxième, c’était
une évidence pour moi que de prendre un congé parental. » (Claire, 2
enfants)

« Même si j’aime beaucoup mon travail, ça a été un déchirement que de
laisser ma fille ainée chez une nounou. A ma deuxième grossesse, c’était clair
pour moi : c’est moi qui prendrait du temps pour garder mes enfants.»
(Sophie, 2 enfants)

« Je gagne mieux ma vie que mon mari mais c’est moi qui ait pris un
congé parental à la naissance de mes deux derniers enfants : j’avais envie
de m’occuper d’eux et de les voir grandir alors que mon conjoint bien que très
présent le soir et le week-end auprès des enfants ne se verrait pas du tout
être à plein temps à la maison.» (Adeline, 3 enfants)
Dans la plupart des cas, ce désir se
conjugue avec de multiples autres facteurs qui vont justifier de prendre le
congé parental jusqu’au bout. 

Pourquoi travailler à perte ?

Un certain nombre de parents
(quasiment exclusivement des mères) nous indiquent qu’elles ont de très petits
salaires et que le congé parental est une meilleure alternative sur le plan
financier.
« Je ne gagne que 600 euros par mois. Il n’y a pas de crèche près de
chez moi. Si je faisais garder mon fils chez une assistante maternelle, il me
resterait moins à la fin du mois que ce que je touche en congé parental »
(Emilie, 3 enfants)

« Assistante export, je gagne 1300 euros par mois. Mon mari gagnant
bien sa vie, la CAF ne nous verse que très peu d’aides pour faire garder nos
jumelles. Une fois déduits les frais de gardes et l’essence pour aller
travailler, j’aurais gagné moins que l’allocation de congé parental. Le calcul
était vite fait. » (Océane, 2 jumelles)

« Après la naissance de mes deux aînés, je suis devenue assistante
maternelle. J’ai un agrément pour garder deux enfants. Je suis enceinte de 7
mois. Pour pouvoir garder mon bébé après sa naissance, je ne pourrai plus garder
qu’un enfant extérieur et ne gagnerai plus que 450 euros au lieu de 900.
L’allocation de congé parental compensera une bonne partie de cette perte. Si
je devais faire garder mon fils à l’extérieur, je gagnerais certes 900 euros
mais je devrais en dépenser 450 pour le faire garder par une autre. Cherchez
l’erreur ! » (Amélie, 2 enfants, enceinte du 3ème)
Quand les modes de garde manquent ou sont inadaptés…
On sait que 30% des parents prennent un congé parental faute d’avoir trouvé
un mode de garde adéquat. Les témoignages reçus précisent les choses :
« Fonctionnaire territoriale, j’ai pris un congé parental pour mon
deuxième enfant. J’aurais aimé reprendre le travail quand il avait deux ans. Je
n’ai jamais pu trouver de place en crèche ou d’assistante maternelle digne de
confiance aux périodes où j’avais le droit de reprendre mon travail. J’ai dû
poursuivre mon congé parental jusqu’à l’entrée à l’école de mon  fils. » (Christelle, 2 enfants)

« J’adore mon travail d’infirmière. Mais je fais des gardes de 12
heures avec ¾ d’heure de transport pour aller à l’hôpital. Mon mari travaille à
l’export et a de nombreux déplacements. Je ne peux pas compter sur lui pour
prendre en charge les enfants. Où trouver une assistante maternelle qui accepte
de prendre mes enfants à 6 h du matin certains jours et jusqu’à 22h d’autres
jours ? Le choix du congé parental s’est imposé. » (Céline, 2
enfants)

 « Serveuse dans un restaurant,
je travaille trois heures à l’heure du déjeuner et à nouveau trois ou quatre
heures le soir. J’ai en plus de longs temps de transports. J’étais au chômage
quand mon aîné est né donc j’ai pu m’en occuper. J’attends mon deuxième pour le
mois prochain. Je vais prendre un congé parental car je ne vois pas qui voudra
garder un bébé avec mes horaires et en plus aller chercher mon fils à
l’école. » (Sabine, 2 enfants)
Quand le partage entre les parents
est impossible
De très nombreux parents en congé parental disent gagner moins ou
beaucoup moins que leur conjoint. Ils n’imaginent pas que la famille puisse se
passer du salaire principal gagné par le conjoint. 
« En congé parental, je touche deux fois moins qu’en travaillant. Si
c’était mon mari qui était en congé parental, il toucherait le quart de son
salaire. C’est impossible. » (Elisabeth, 3 enfants)
« Mon mari est ouvrier dans une bonne usine où il touche 1900 euros
net par mois. Je n’ai jamais trouvé que des CDD ou des missions d’intérim. Le
budget familial est ultra serré avec nos 5 enfants. Impossible d’imaginer que
mon mari puisse prendre un congé parental de 6 mois… Je ne serais même pas sûre
d’avoir un emploi pendant ce temps-là ! » (Virginie, 5 enfants)

« Mon mari adorerait prendre une partie du congé parental. Mais il
gagne 1700 euros par mois. L’allocation versée n’étant que de 380 euros, c’est
inenvisageable pour notre famille. » 
(Alicia, 2 enfants)

A cette raison majeure, s’ajoutent des cas particuliers :
« Mon mari est plombier. S’il s’arrêtait pendant 6 mois, il perdrait
sa clientèle. » (Laetitia, 2 enfants)

«  Mon compagnon est transfrontalier. Il n’a pas le droit au congé
parental » (Carine, 4 enfants)

« Mon mari est pilote de ligne. Outre le fait que nous ne pourrions
pas nous passer de son salaire, s’il arrêtait de voler pendant 6 mois, il
perdrait ses qualifications et n’aurait plus le droit de piloter certains
appareils » (Madeleine, 3 enfants)

« Mon mari gagne moins que moi et aurait donc pu prendre une partie
du congé parental, mais pendant mon dernier congé parental, il a d’abord été
licencié et l’a très mal vécu (dépression), puis il a trouvé une formation de
reconversion pendant 18 mois et enfin il a eu la possibilité de démarrer un
nouveau travail. Il n’aurait donc jamais pu passer pratiquement 6 mois à
s’occuper des enfants. » (Cécile, 3 enfants)
Quand l’épanouissement personnel passe d’abord par l’éducation de ses
enfants
« Je suis éducatrice spécialisée. J’aime beaucoup mon travail mais
je trouve absurde de faire garder mes enfants par une autre pour aller moi-même
garder les enfants des autres. On parle de s’épanouir dans son travail. Mais je
m’épanouis parfaitement en gardant mes propres enfants ! » (Nathalie,
3 enfants)

« Ouvrière dans l’agro-alimentaire, mon travail consiste à couper
des têtes de canard pendant 8 heures de suite. Comprenez que je trouve
largement plus épanouissant de m’investir auprès de mes enfants ! »
(Mélanie, 3 enfants)
Quand les familles traversent des drames…
Quelques situations particulières
viennent particulièrement accroître l’aspect vital du congé parental.
« Je suis enseignante et mon métier étant assez compatible avec la
vie de famille, je n’avais jamais pris de congé parental. En 2011, nous avons
brusquement perdu l’un de nos enfants et j’ai réalisé à quel point chaque
minute passé auprès de mes enfants était précieuse. Je viens d’avoir un 5ème
enfant. Prendre un congé parental est pour moi une évidence, un vrai
besoin. » (Béatrice)

« Secrétaire médicale, je suis passée à temps partiel à la naissance
de ma fille aînée et je me voyais très bien poursuivre ainsi à la naissance de
ma deuxième. Mais, malade, elle a dû être hospitalisée pendant de long mois et
j’ai donc dû m’arrêter complètement de travailler. Elle va heureusement mieux
aujourd’hui, mais je suis contente, après une année très rude, de pouvoir être à
la maison pour que la famille retrouve son équilibre » (Aurore, 2 enfants)
Un souhait de pouvoir choisir librement
Les courriers sont très nombreux à
souhaiter qu’on laisse le choix aux parents de s’organiser comme ils le
souhaitent et ce d’autant plus que les parents concernés ont l’impression qu’on
les empêche de faire ce qu’ils souhaitent sans apporter de réel bénéfice aux
autres familles :
« Les pères qui le souhaitent peuvent déjà prendre un congé
parental. Je ne vois pas en quoi la réforme prévue va encourager des papas à
prendre un congé parental s’ils ne le faisaient pas déjà. L’allocation versée est trop faible pour ça » (Catherine, 3 enfants)

« J’ai bien vu que mon patron tiquait quand je lui ai annoncé ma
grossesse. Maintenant que je prenne 2 ans et demi ou 3 ans de congé parental,
qu’est-ce que ça changera vraiment à mon avancement ? » (Leila,
comptable, attend son 3ème enfant)

« Les familles qui ne partageront pas le congé parental se verront
privées d’allocation. Mais qu’est-ce que ça va rapporter aux autres ? »
(Dominique, 3 enfants)

« Si encore la réforme offrait un vrai salaire de remplacement, je
pourrais essayer de convaincre mon mari. Je ne comprends pas ce que les femmes
vont gagner à cette réforme. Que je sache, personne ne s’est plaint d’avoir le
droit de prendre un congé parental sachant que ce n’est en aucun cas une
obligation. » (Fanny, 4 enfants)

En conclusion
Comme je l’avais dit dans cet article, le dispositif actuel permet déjà aux pères de prendre un congé parental.
Pourquoi rajouter une couche législative supplémentaire qui a pour but
d’enlever une liberté et de mettre en difficulté certains couples ?
Pourquoi ne pas laisser les parents choisir librement -et
rationnellement- qui s’occupera des enfants à la maison ?
En outre, la Ministre des Droits des Femmes devrait d’abord s’atteler au problème de l’inégalité salariale hommes-femmes
avant de faire adopter une telle mesure qui ne prendrait tout son sens que
si les pères et les mères avaient une carrière et des rémunérations à
peu près similaires…
Par ailleurs, mettre sa carrière entre parenthèses pendant 3 ans n’est pas aussi dramatique qu’on le laisse entendre. Ce n’est pas une punition. Et s’éloigner du marché du travail 6 mois de moins ne changera pas grand chose…
Enfin, de nombreuses mères prennent un congé parental faute de trouver un mode de garde adapté à leurs contraintes familiales. La Ministre des Droits des Femmes devrait donc s’attaquer au manque de places en crèche et chez les assistantes maternelles avant de contraindre les mères à ne pouvoir prendre que 2 ans 1/2 de congé parental… Il faudrait également encourager davantage la création de crèches d’entreprise et de micro-crèches afin de permettre à chacun(e) de choisir librement comment s’organiser pour garder les enfants.

N’hésitez pas à transmettre cette synthèse à vos députés, tout en l’enrichissant de vos expériences personnelles ! Vous pouvez également envoyer votre témoignage à congeparental@gmail.com
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4 Commentaires
  • Sophie
    20 octobre 2013 at 10 h 18 min
    Répondre

    Je partage complètement cet avis, une réforme du congé parental visant à obliger les mères à ne prendre que 2 ans 1/2 max serait une grossière erreur ! Il faut nous laisser la liberté de choisir et de nous organiser !!!

    • AdminTPBB
      20 octobre 2013 at 10 h 27 min
      Répondre

      Tout à fait 🙂

  • Hélène
    20 octobre 2013 at 13 h 35 min
    Répondre

    Pour ma part j'ai 4 enfants et j'ai opté pour un congé parental de 3 ans pour profiter de mes enfants et avoir le temps de m'occuper d'eux. Si on me forçait à ne prendre que 2 ans et demi, ce serait catastrophique car je ne trouverais jamais de nounou capable de gérer les aller et venues de mes 3 grands et qui garderait en plus mon petit dernier et tout cela pendant uniquement 6 mois ! Encore une réforme débile et injuste, qui ne prend pas en compte la réalité du terrain ! Merci de nous offrir une tribune sur ton blog, j'espère que toutes ces actions finiront par faire entendre raison à la ministre…

    • AdminTPBB
      23 octobre 2013 at 10 h 00 min
      Répondre

      Mais de rien ! Ton témoignage démontre bien que cette réforme desservirait les Mamans plutôt qu'autre chose !

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